Article 1 : Avant le conflit actuel, c’était quoi la Palestine ?

Avant que le mot « Palestine » ne devienne synonyme de guerre, d’occupation et de frontières mouvantes, il désignait une terre bien réelle, habitée depuis des millénaires. Ce premier article revient sur l’histoire longue de cette région, bien avant la naissance d’Israël.

Une petite bande de terre entre mer et désert

La Palestine, c’est une étroite bande de terre coincée entre la mer Méditerranée et le désert du Néguev (un désert très sec, où il pleut rarement, situé au sud de l’actuel Israël). Elle se trouve à l’endroit où se rejoignent trois continents : à l’est (ou à « droite », si vous préférez) de la mer Méditerranée, entre l’Afrique du Nord (par l’Égypte), le sud de l’Europe (via la Grèce ou l’Italie), et l’Asie de l’Ouest (le Moyen-Orient).

Pendant des siècles, cette région n’a pas été un pays au sens moderne du terme, mais elle a toujours été habitée, cultivée, et souvent disputée pour ses terres fertiles ou sa position stratégique. On y trouve des villes très anciennes comme Jérusalem (ville sacrée pour les juifs, les chrétiens et les musulmans), Naplouse ou Gaza. Toutes ces villes sont situées sur un axe nord-sud de moins de 200 km, à peu près la distance entre Paris et Orléans, ou une étape de plat du Tour de France.

Un territoire sous dominations successives

Depuis l’Antiquité (c’est-à-dire environ depuis l’an -1000 avant notre ère), cette terre a connu de nombreux conquérants : Égyptiens, Assyriens, Perses, Grecs, Romains, puis, plus tard, les musulmans venus d’Arabie (la péninsule au sud de l’actuel Irak et de la Jordanie, où se trouvent aujourd’hui l’Arabie Saoudite, le Yémen, Oman…). Au fil des siècles, les religions, les langues et les cultures s’y sont mélangées.

À partir du 16ème siècle, c’est-à-dire des années 1500, et jusqu’au début du 20ème, la région est intégrée à l’empire ottoman, dirigé depuis Istanbul, capitale de l’actuelle Turquie. Ce vaste empire contrôlait à l’époque une grande partie du Moyen-Orient. La Palestine était alors divisée en districts administratifs (un peu comme des départements), sans former un pays à part entière, mais elle faisait bien partie d’un ensemble politique organisé.

On y trouvait des paysans, des artisans, des marchands, des tribus bédouines (c’est-à-dire des groupes nomades vivant dans les régions désertiques, qui se déplaçaient pour trouver de l’eau, du pâturage pour leurs animaux, ou pour commercer entre oasis et villes), et des villes commerçantes.

Gaza, carrefour, ville et territoire

Gaza, dont on parle tant aujourd’hui, est à la fois une ville ancienne et le nom donné à un territoire plus large, appelé aujourd’hui la bande de Gaza. La ville Gaza existe bel et bien : elle se trouve au nord de ce territoire, au bord de la mer Méditerranée. C’est l’une des plus vieilles villes du monde, citée depuis l’Antiquité.

Aujourd’hui, la « bande de Gaza » désigne une fine portion de territoire longue d’environ 40 kilomètres, large de 10, et qui contient plusieurs villes : Gaza, mais aussi Rafah, Khan Younès, Beit Hanoun, et d’autres localités. Ce n’est donc pas qu’une seule ville, mais une zone densément peuplée — c’est-à-dire avec de très nombreux habitants sur une petite surface (plus de 5 000 habitants par km²) — regroupant plus de deux millions de personnes.

Depuis toujours, Gaza est un lieu de passage, un carrefour entre l’Afrique et l’Asie. Elle a souvent été convoitée pour sa position stratégique. Avant le 20ème siècle, Gaza était connue pour son marché, ses vergers (des terrains plantés d’arbres fruitiers) et ses caravanes (des groupes de marchands ou de voyageurs se déplaçant ensemble avec des animaux de bât (comme les ânes, les chameaux ou les mulets, utilisés pour porter des charges lourdes)). Une ville commerçante, pas une forteresse. Elle fait partie des nombreuses cités de cette région où les gens vivaient souvent au contact d’autres cultures et religions.

Une mosaïque humaine

La population de cette terre était très mélangée. Juifs, chrétiens, musulmans, parlant arabe, hébreu, arménien, grec ou turc. La majorité était composée de paysans arabes musulmans, mais les métissages étaient la norme. Ici, le mot « mosaïque » signifie un mélange riche et varié de populations. Le mot « métissage » désigne le fait que des gens de religions ou d’origines différentes vivaient ensemble, se fréquentaient au quotidien, commerçaient, et parfois même fondaient des familles malgré leurs différences.

Vers la fin du 19ème siècle, certains penseurs juifs d’Europe commencent à imaginer un « foyer » pour les juifs dans une terre qui serait la leur. Ce mouvement, qu’on appelle sionisme, part de l’idée que les juifs forment un peuple sans pays et doivent en créer un. (Nous reviendrons sur ce mot dans un article à part.) Ce projet apparaît donc bien avant la Seconde Guerre mondiale et la Shoah (le génocide des juifs d’Europe par les nazis).

Pourquoi ici ? Parce que la Palestine est le lieu des grands récits de la Bible juive, notamment Jérusalem et Hébron. Ces noms évoquent pour les juifs d’Europe un retour aux origines, même si très peu y vivaient à l’époque. C’est donc un choix d’abord symbolique et religieux, avant d’être politique ou stratégique.

Mais pour les habitants de l’époque, c’est un territoire déjà peuplé, bien que mal défini politiquement.

À la toute fin de cette période, juste après la Première Guerre mondiale, c’est le Royaume-Uni qui prend le contrôle de la Palestine, en remplacement de l’Empire ottoman. Ce sera le début d’une nouvelle phase, avec l’arrivée massive de colons juifs, rendue possible par le soutien britannique notamment la Déclaration Balfour de 1917, rédigée par le ministre britannique des Affaires étrangères Arthur Balfour, qui promet un « foyer national juif ». Ce soutien britannique ne vient pas d’une adhésion religieuse, mais d’un mélange d’intérêts politiques, militaires et diplomatiques et nous reviendrons aussi sur cela dans un autre article. Aussi, un cadre administratif adapté facilitera cette immigration juive en Palestine. Ces arrivées provoquent rapidement des tensions avec la population arabe locale, bien avant la création officielle de l’État d’Israël en 1948. Ces tensions ne sont pas dues uniquement à la religion, mais surtout au fait que les nouveaux arrivants, souvent venus d’Europe, s’installent avec un projet politique. Ils achètent des terres à de riches propriétaires, mais cela entraîne l’expulsion de nombreux paysans arabes. Ce sentiment d’injustice est à l’origine des premières oppositions.

2 réflexions sur “Article 1 : Avant le conflit actuel, c’était quoi la Palestine ?”

  1. Avant de choisir la Palestine, il était envisagé une region d’Egypte (Arish, je crois) puis l’Ouganda.
    Mais moi, je voudrais savoir si dans le temps de la SDN, à part les motivations de colonisation d’un document de 1907, de Sykes-Picot, la lettre du Quai d’Orsay en 1917, puis après celle de Balfour, y a t-il eu des bases juridiques ou de droit international pour coloniser la Palestine?

    1. Merci beaucoup pour ce tout premier commentaire, très pertinent — et vraiment encourageant pour moi.

      Je précise que je débute : je construis ce site seul, j’apprends en même temps à gérer la publication, le design, les contenus… Je ne suis pas historien, je fais simplement l’effort de transmettre ce que je comprends, en espérant rendre ces sujets un peu plus accessibles à toutes et tous.

      Pour répondre à votre question, d’après ce que j’ai pu lire et comprendre :

      Après la Première Guerre mondiale, la Société des Nations (ancêtre de l’ONU) a confié la gestion de la Palestine au Royaume-Uni sous forme de “mandat”. En théorie, ce mandat devait aider le territoire à se structurer vers une future indépendance. Mais en réalité, c’était une forme de colonisation acceptée par les grandes puissances de l’époque.

      Le mandat britannique incluait deux objectifs très flous :
      – garantir les droits des populations arabes locales
      – faciliter l’établissement d’un “foyer national juif”, comme promis dans la Déclaration Balfour de 1917.

      De ce que j’ai pu comprendre, il n’y a donc pas eu de base juridique solide pour une colonisation au sens strict, mais plutôt un cadre flou, qui a permis au Royaume-Uni de soutenir l’installation de colons juifs tout en contrôlant le territoire. Une situation ambiguë, aux conséquences durables…

      Merci encore pour cette contribution, et n’hésitez pas si vous avez d’autres questions ou remarques à partager, je suis preneur.

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